.
tu descendais la rue petit, regardant
les yeux des enfants ont une façon liquide d'entrer dans les trous
(noir, oiseaux, feuilles) – et ce chemin qui te conduisait au milieu des choses
appuyées,
appuyées contre l'humide brun des corps d'adultes.
Le matin (et même quand il faisait encore nuit)
tu allais vers l'orée de ce qui ne viendrait que plus tard,
descendant la pente courbe de la rue, sur le trottoir inégal,
sous les tilleuls ronds et soumis :
il y a un bourgeon grand comme l'enfant entier, une enveloppe serrée d'écailles qui tient le corps si solidement, si violemment
prêt à l'éclatement
mais qui est à l'intérieur
miel d'une poisseuse réalité en attente.
comme leurs corps bientôt se déferont, se reformeront
avènement des odeurs
signant dans chaque creux le printemps de l'âge adulte
et dans une nouvelle façon de regarder, de discriminer : tel humain, non pas tel autre.
Tout cela en germe dans ton petit visage, tes yeux d'eau, et cet acte si simple et répété : descendre la rue chaque matin, m'attendre devant la grille, les groseilliers à fleur.
Ainsi nous agissons, menés et libres
à chaque instant de notre vie.
jeudi 3 juin 2010
mercredi 2 juin 2010
CAEDERE
.
Tu peins
comme si l'air peignait
tenait le long pinceau
posait la couleur épaisse
et aussi prenait la pose de ce corps nu écroulé
sur le lit devant toi
comme si tu peignais l'air qui m'entoure,
son silence,
sans m'avoir jamais vue.
Comme si l'air qui entoure ton bras était fait d'autre chose
que cette essence de la fatigue
qui fait la vie
qui fait descendre la chair
quand on est allongé,
quand on dort,
quand on se tient debout et droit
nu.
La chair descend vers la terre
comme les feuilles sèches
jonchant ton jardin négligé
l'architecture d'herbe vivante
d'arbustes
et la lumière à travers tout
pour atteindre l'enfant
bouche accrochée au sein
vieillard
aux yeux de vague.
La chair forme les murs de ta maison,
déjà ton ossature
parle d'une voix forte
et s'oppose, s'arrache
Tu peins la gravité tout descend
tout est à demi-détruit
à demi-jaillissant
érigé.
Comme les longues feuilles vernissées et vertes
jaillissent au dessus de l'enfant
dormant à demi-nue
dans la lumière immobile.
Tu exténues ceux que tu peins, pour que la vie descende
rouge et lourde dans leurs pieds, leurs mains
leur sexe découvert
pour qu'ils oublient qu'ils sont nus
oublient leur honte d'être ainsi faits de chair cachée, blême
et mortelle, sexuelle
aussi mortelle que le bout desséché des feuilles
au dessus de l'enfant dormant
aussi mortels que ces choses émouvantes
à demi-détruites
de la décharge derrière ton jardin
Aussi radieuses que ces cheminées parfaites
orange et dressées
contre le ciel gris.
.

Lucian Freud
Tu peins
comme si l'air peignait
tenait le long pinceau
posait la couleur épaisse
et aussi prenait la pose de ce corps nu écroulé
sur le lit devant toi
comme si tu peignais l'air qui m'entoure,
son silence,
sans m'avoir jamais vue.
Comme si l'air qui entoure ton bras était fait d'autre chose
que cette essence de la fatigue
qui fait la vie
qui fait descendre la chair
quand on est allongé,
quand on dort,
quand on se tient debout et droit
nu.
La chair descend vers la terre
comme les feuilles sèches
jonchant ton jardin négligé
l'architecture d'herbe vivante
d'arbustes
et la lumière à travers tout
pour atteindre l'enfant
bouche accrochée au sein
vieillard
aux yeux de vague.
La chair forme les murs de ta maison,
déjà ton ossature
parle d'une voix forte
et s'oppose, s'arrache
Tu peins la gravité tout descend
tout est à demi-détruit
à demi-jaillissant
érigé.
Comme les longues feuilles vernissées et vertes
jaillissent au dessus de l'enfant
dormant à demi-nue
dans la lumière immobile.
Tu exténues ceux que tu peins, pour que la vie descende
rouge et lourde dans leurs pieds, leurs mains
leur sexe découvert
pour qu'ils oublient qu'ils sont nus
oublient leur honte d'être ainsi faits de chair cachée, blême
et mortelle, sexuelle
aussi mortelle que le bout desséché des feuilles
au dessus de l'enfant dormant
aussi mortels que ces choses émouvantes
à demi-détruites
de la décharge derrière ton jardin
Aussi radieuses que ces cheminées parfaites
orange et dressées
contre le ciel gris.
.
Lucian Freud
jeudi 27 mai 2010
T.G.V. I
.
Un velours de fin de nuit, la main qui ferme la porte et cette entrée dans l'air frais, dans le blanc du matin ;
une pellicule d'eau sur le trottoir.
Prendre le train et traverser
de haut en bas toute la France ses combes vertes ses petits jardin familiaux au dessus desquels
descend en diagonale frileuse,
puis se perd
le vol du papillon blanc solitaire.
Voir les châteaux voir tous les gens
qui partagent sans parler
votre espace
et la fin quand tout se rassemble
dans la laideur expressive
des abords
de la fin du voyage.
Un velours de fin de nuit, la main qui ferme la porte et cette entrée dans l'air frais, dans le blanc du matin ;
une pellicule d'eau sur le trottoir.
Prendre le train et traverser
de haut en bas toute la France ses combes vertes ses petits jardin familiaux au dessus desquels
descend en diagonale frileuse,
puis se perd
le vol du papillon blanc solitaire.
Voir les châteaux voir tous les gens
qui partagent sans parler
votre espace
et la fin quand tout se rassemble
dans la laideur expressive
des abords
de la fin du voyage.
mercredi 19 mai 2010
Point de nuit

Je vous écris,
comme si le bateau s'était mis en marche le long du quai dans la nuit,
et que j'étais occupée pendant ce départ......Alors,
quand j'ai pu me rendre sur le pont supérieur
la nuit avait déjà tout rempli.
Ceux du quai l'ont quitté depuis longtemps, ont rejoint leurs maisons
et on commence déjà à leur parler
du fond
du fond de la séparation
s'élargissant.
Je m'aperçois que j'ai toujours vu le motif
tandis que se déroulait l'histoire :
trame de ce qui arrive et lisse de ce qui n'arrivera pas. Comme une tapisserie dédiée au rêve, à l'éternité friable et vivace,
et qui pourtant continue
- est - sans aucun doute.
Je savais que c'était l'espace
de cet étrangeR pays du désir... et que rien ne serait vrai.
Et mon corps parlait (pour lui-même) à sa façon devant moi
qui pourtant suis sa propriétaire, son habitante
et même qui SUIS LUI.
Il dit toujours une vérité
imparable et belle :
que la lisse de ce qui ne peut pas être
révèle la beauté d'un corps absent
cette poignée
un corps masculin
ce que je ne peux être, ni saisir.
Devant lequel s'arrête, s'arrêtera toujours
ce qui me quitte,
en ce moment même.
jeudi 13 mai 2010
mercredi 12 mai 2010
barque
.
La tenture à moitié repoussée sur le côté
et derrière elle ce froid
cette multitude d'étoiles faiblement luisantes.
Comme une modulation dans le monde
quelque chose de lent et persistant,
qui retient d'y croire tout à fait.
Le corps lui aussi ondulant, l'eau
le long de la barque où tout repose
doucement la fait rouler - là où nous sommes couchés
tous respirant le même rythme invisible
et l'eau respirant aussi
avec son petit halètement pensif
d'animal éternellement contre le plat-bord
et les points de contact :
dos à dos
ou imbriqués - cette phrase muette
qui fait du toucher son langage
des mouvements ses messagers.
Toutes les humeurs dont la vie se baigne
parlant à l'eau du fleuve sombre
à travers la paroi de bois.
La tenture à moitié repoussée sur le côté
et derrière elle ce froid
cette multitude d'étoiles faiblement luisantes.
Comme une modulation dans le monde
quelque chose de lent et persistant,
qui retient d'y croire tout à fait.
Le corps lui aussi ondulant, l'eau
le long de la barque où tout repose
doucement la fait rouler - là où nous sommes couchés
tous respirant le même rythme invisible
et l'eau respirant aussi
avec son petit halètement pensif
d'animal éternellement contre le plat-bord
et les points de contact :
dos à dos
ou imbriqués - cette phrase muette
qui fait du toucher son langage
des mouvements ses messagers.
Toutes les humeurs dont la vie se baigne
parlant à l'eau du fleuve sombre
à travers la paroi de bois.
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